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Posté on 24 Mar 2009 in Assemblée des Ordinaires catholiques, Dialogues

Position et parole de l’Église catholique dans une situation de conflit

A. – Principes généraux

  1. L’Église est pleinement immergée dans la communauté et l’histoire humaines :
    1. Texte de base : « Née de l’amour du Père éternel, fondée dans le temps par le Christ rédempteur, rassemblée dans l’Esprit (cf. Ep 1,3 ; 5,6.13-14.23)), l’Église poursuit une fin salvifique et eschatologique qui ne peut être pleinement atteinte que dans le siècle à venir. Mais dès maintenant présente sur cette terre, elle se compose d’hommes, membres de la cité terrestre, qui ont vocation de former, au sein même de l’histoire humaine, la famille des enfants de Dieu, qui doit croître sans cesse jusqu’à la venue du Seigneur.


      Unie en vue des biens célestes, riche de ces biens, cette famille ‘a été constituée et organisée en ce monde comme une société’ (LG 8) par le Christ, et elle a été dotée ‘de moyens capables d’assurer son union visible et sociale’ (LG 8). A la fois ‘assemblée visible et spirituelle’, l’Église fait ainsi route avec l’humanité et partage le sort terrestre du monde : elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu. » (Gaudium et spes [GS] 40)
    2. Deux réalités distinctes : par l’origine, le but final, et la nature de l’action :
      1. « Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. » (GS 76)
      2. Par conséquent : l’Église ne doit pas se mêler du choix des régimes politiques ou des mandataires politiques, sauf si les principes en jeu sont contraires aux valeurs de l’Évangile ou à la loi naturelle ; une certaine diversité des choix et des situa­tions est acceptable : « Si l’autorité renvoie à un ordre fixé par Dieu, ‘la détermi­nation des régimes politiques, comme la détermination de leurs dirigeants, doivent être laissées à la libre volonté des citoyens’ (GS 74). La diversité des régimes politiques est moralement admissible, pourvu qu’ils concourent au bien légitime de la communauté qui les adopte. Les régimes dont la nature est contraire à la loi naturelle, à l’ordre public et aux droits fondamentaux des personnes, ne peuvent réaliser le bien commun des nations auxquelles ils se sont imposés. » (Catéchisme de l’Église catholique [CEC] 1901)
    3. Deux réalités qui sont étroitement liées, car elles se situent dans la même réalité humaine et la même histoire humaine.
    4. C’est dans la réalité humaine, dont la communauté politique fait partie, que l’Église doit (1) annoncer l’Évangile, (2) porter témoignage au Christ et (3) travailler au Royaume de Dieu.
      1. Cf. ci-dessus : « fait route avec l’humanité et partage le sort terrestre du monde » … « elle est comme le ferment et l’âme de la société humaine… »
      2. « L’Église qui, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique, est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne hu­maine. » (GS 76)
      3. La construction de la société humaine, aussi politique, n’est pas sans relation avec le Royaume ni sans signification pour le Royaume : « S’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du Royaume du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine. – Car ces valeurs de dignité, de communion fraternelle, et de liberté, tous ces fruits excel­lents de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père ‘un royaume éternel et universel… » (GS 39)
  2. Au  cœur de cette mission se trouve la personne humaine, « créée à l’image de Dieu », avec sa valeur et sa dignité unique, éternelle.
    1. C’est la source des droits de la personne humaine : « Ce qui entre en ligne de comp­te, c’est la dignité de la personne humaine dont la défense et la promotion nous ont été confiées par le Créateur et dont sont rigoureusement responsables et débiteurs les hommes et les femmes dans toutes les circonstances de l’histoire ». (Sollicitudo Rei Socialis [SRS] 47) – « La dignité de la personne humaine est une valeur transcendante, toujours reconnue comme telle par ceux qui se sont appliqués à une recherche sincère de la vérité. Toute l’histoire de l’humanité doit en réalité être interprétée à la lumière de cette certitude. Toute personne, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1,26-28) et donc radicalement orientée vers son Créateur, est en relation constante avec ceux qui sont revêtus de la même dignité. La promotion du bien de l’individu s’associe ainsi au service du bien commun, là où les droits et les devoirs se correspondent et se renforcent mutuellement. » (Message pour la journée de la paix 1990, §2)
    2. La personne humaine est de par sa nature orientée vers la communauté, la société : elle est créée à l’image de Dieu-Trinité, de la communion-communauté trinitaire. « Dieu, qui veille paternellement sur tous, a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme frères. Tous, en effet, ont été créés à l’image de Dieu, ‘qui a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain issu d’un même principe’ (Ac 17,27), et tous sont appelés à une seule et même fin, qui est Dieu lui-même…. En effet, la personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions. » (GS 24-25)
    3. Cette dignité est à l’origine des « droits de l’homme » ou « droits humains »
    4. Théologiquement il est à noter que l’image véritable et parfaite de Dieu est le Christ Jésus, et nous sommes appelés à lui ressembler, à marcher à sa suite, à lui être unis. Le Christ comme image de Dieu est inséparable du mystère pascal (passion-résurrection), avec sa dimension de « kenosis ». Cette dimension marquera aussi l’engagement du disciple et de la communauté du Christ.
  3. Les droits de la personne humaine s’épanouissent en droits des peuples :
    1. « Les droits entre les communautés politiques doivent se régler dans la vérité. La vérité exige avant tout que l’on élimine toute trace de discrimination raciale dans les rela­tions, et que l’on s’en tienne ensuite au principe que toutes les communautés politiques sont égales en dignité de nature. » (Pacem in terris, 86)
    2. Justice sociale et justice internationale ; dignité égale de tous les peuples.
  4. Comment l’Église peut-elle exercer cette mission ?
    1. Fonction prophétique de l’Église : « L’accomplissement du ministère de l’évangé­lisation dans le domaine social, qui fait partie de la fonction prophétique de l’Église, comprend aussi la dénonciation des maux et des injustices. Mais il convient de souligner que l’annonce est toujours plus importante que la dénonciation, et celle-ci ne peut faire abstraction de celle-là qui lui donne son véritable fondement et la force de la motivation la plus haute. » (SRS 41)
    2. Rôle différent de la hiérarchie et des laïcs : « Ne cessant de rappeler à ses enfants qu’ils n’ont pas ici-bas de demeure permanente, [l’Église] les presse aussi de contri­buer, chacun selon sa vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les hommes… » (Libertatis nuntius)
    3. Les grandes valeurs de l’Évangile ou du Royaume que l’Église doit promouvoir : vérité, liberté, justice, fraternité, réconciliation, paix ; en général les droits humains, parmi lesquels la liberté religieuse.

B. – Lignes de conduite face au conflit :

  1. La  nature politique du conflit : il est important de souligner que le conflit est fondamen­talement de nature politique et doit être affronté et résolu comme un problème politique, en vertu des principes du droit international.
    1. Cependant, il faut en même temps être conscient des implications religieuses de ce conflit, et des interprétations religieuses qui lui sont données par beaucoup. Cela complique souvent toute solution et a de profondes répercussions sur les réactions des différentes parties : réactions émotionnelles, instinctives, justifications religieuses, etc.
    2. Il faut avoir le courage de dénoncer, avec tact et respect, que la religion est souvent déformée dans ce conflit et que certains n’hésitent pas à abuser de la religion. On peut, avec humilité, appeler à une purification des attitudes religieuses, en présence de Dieu.
  2. Notre présence chrétienne est celle d’un petit troupeau :
    1. il est important d’être conscient des implications de cette présence minoritaire pour évaluer la possibilité et la nature de toute parole et de toute action des chrétiens dans le domaine de la politique.
    2. En outre, la présence chrétienne ne va pas toujours de soi, n’est pas toujours acceptée sans réserve, ni du côté israélien ni du côté palestinien. Dans quelle mesure l’Église peut-elle se permettre d’avoir un langage différent de celui de la majorité au milieu de laquelle elle vit, sans courir le risque d’être rejetée ? Ceci est spécialement vrai quand il s’agit de prendre une position critique vis-à-vis des pouvoirs publics. Jusqu’à quel point, et à quelles conditions avons-nous le droit ou le devoir de courir le risque de compromettre notre présence chrétienne par une déclaration ou une action critique dans le domaine public ?
    3. Nous devrons aussi nous demander dans quelle mesure la parole de l’Église pourra être écoutée sans être rejetée. Parfois il sera préférable de dire une demi parole qui puisse être écoutée plutôt que de dire deux paroles qui seront refusées a priori. Il y a ici un discernement difficile à faire.
  3. L’Église catholique est présente des deux côtés du conflit : en milieu israélien et juif, dans le monde palestinien et musulman.
    1. Même si cette présence est très différente d’un côté et de l’autre, à plusieurs points de vue, elle offre une possibilité unique pour travailler à la compréhension mutuelle, la réconciliation et la paix. Comment mettre à profit cette opportunité providentielle ?
    2. Il faudra en premier lieu travailler pour la compréhension et la confiance mutuelles entre nous. Si nous ne sommes pas capables de nous écouter les uns les autres, de surmonter nos différences entre nous, comment pouvons-nous espérer ou prétendre œuvrer pour la paix entre les deux peuples ?
    3. Nous devrons nous efforcer de tenir un même langage et un langage qui puisse être écouté des deux parties engagées dans le conflit. Ceci est vrai pour ceux qui sont implantés dans les deux peuples en conflit.
    4. Pour cela il est nécessaire que nous essayions d’analyser ensemble la situation, avec les causes du conflit, afin de parvenir si possible à une vision commune sur le conflit et sur la nécessité et les moyens de travailler à une solution. Une telle réflexion ne sera pas facile, à cause des situations différentes dans lesquelles nous vivons et des sensi­bilités et solidarités différentes qui en découlent. Toutefois il devrait être possible d’approcher les questions principales à la lumière de l’Évangile du Christ et de l’enseignement de l’Église sur la communauté humaine et la communauté interna­tionale.
  4. Les questions principales à affronter : Du côté palestinien : la réalité et les conséquences de l’occupation des territoires palestiniens, les entraves imposées au libre mouvement et à la vie économique, sociale et religieuse quotidienne des Palestiniens, l’expropriation des terres, les arrestations et les assassinats ciblés, les prisonniers administratifs, les punitions collectives, la violence, le terrorisme… Du côté israélien : la peur, l’insécurité, le droit à un État internationale­ment reconnu à l’intérieur de frontières internationalement reconnues. – Comment réagir à la construction du mur ou de la clôture de « sécurité », qui semble de plus en plus devoir devenir une frontière permanente ? Est-il possible d’aborder ces questions en détail ici ?
  5. Dans quelle mesure est-il possible et opportun de faire appel aux valeurs et aux exigences bibliques, en particulier des Prophètes, dans la parole que l’Église adresserait à Israël ? Serait-ce utile ou est-ce que cela risque de durcir les positions ?
  6. Est-il préférable de tirer argument du fait qu’Israël veut être une société démocra­tique, en montrant les véritables exigences d’une véritable démocratie, pour tous les citoyens et toutes les personnes à l’égard desquelles le pouvoir est exercé ?
  7. Quelques amorces :
    1. Occupation : notion très présente et réalité très pesante pour les Palestiniens, mais une grande partie des Israéliens considèrent cet état de fait comme insuffisant (car toute la Terre Sainte leur appartient !) et/ou ne savent pas du tout (ou ne veulent pas savoir) ce que cette réalité représente concrètement pour les Palestiniens. – Comment alors appeler à y mettre fin ? En vertu de l’égalité des droits et de la dignité de tous les peuples ? En invoquant qu’un peuple ne peut pas occuper ou opprimer un autre peuple sans y perdre son âme, c.-à-d. ce qu’il a de meilleur ?
    2. Mur :
      1. exclure un autre peuple de son propre monde en construisant un mur, c’est en fait désespérer de lui, lui tourner le dos, vouloir l’ignorer.
      2. C’est un acte de refus et de mépris.
      3. Concrètement il faut aussi se rendre compte combien cette mesure détériore les conditions de vie des Palestiniens.
    3. Violence : en tant que chrétiens nous devons marquer notre refus par principe de toute violence, au nom de l’Évangile. Une analyse lucide est nécessaire : on ne peut ignorer que l’occupation est la première violence (avec le refus de la liberté et de l’égalité des droits, le mépris de la dignité et le manque de respect pour les Palestiniens et leurs conditions de vie) contre laquelle la plupart des violences palestiniennes sont une réaction (justifiée ou non). Si on veut appeler à l’arrêt de cette deuxième catégorie de violences, il faut aussi appeler à la fin de la première.
    4. Violence, non-violence et droit à la résistance : l’Évangile est essentiellement un message de non-violence ; d’où la préférence donnée à la résistance passive. Pour autant la résistance armée n’est pas à condamner absolument lorsque, une fois épuisés tous les autres moyens, elle constitue le dernier recours, et si le résultat ne sera pas un plus grand mal. Cela dit, avec les armes modernes, toute violence risque de se déchaîner à un degré tel que sa légitimité sera rarement défendable (CEC 2243).
    5. Terrorisme : malgré la difficulté qu’il y a à donner une définition du terrorisme claire et acceptable par tous, on peut tous s’entendre sur le fait que le terrorisme est inacceptable. Mais tout en le condamnant, il faut aussi avoir le courage de regarder en face ses racines. « La plaie du terrorisme est devenue ces dernières années plus virulente et elle a produit d’atroces massacres, qui ont rendu le chemin du dialogue et de la négociation toujours plus hérissé d’obstacles, en exacerbant les esprits et en aggravant les problèmes, en particulier au Moyen-Orient. – Toutefois, pour être victorieuse, la lutte contre le terrorisme ne peut se limiter seulement à des opérations répressives et punitives. Il est essentiel que le recours à la force, s’il est nécessaire, soit accompagné d’une analyse courageuse et lucide des motivations sous-jacentes aux attaques terroristes. En même temps, la lutte contre le terrorisme doit aussi être menée sur le plan politique et pédagogique : d’un côté, en supprimant les causes qui sont à l’origine de situations d’injustice qui incitent souvent aux actes les plus désespérés et les plus sanguinaires ; de l’autre, en insistant sur une éducation inspirée du respect de la vie humaine en toute circonstance : l’unité du genre humain est, en effet, une réalité plus forte que les divisions contingentes qui séparent les hommes et les peuples. – […] Dans tous les cas, les gouvernements démocratiques savent bien que l’usage de la force contre les terroristes ne peut justifier le renoncement aux principes d’un État de droit. Des choix  politiques qui rechercheraient le succès sans tenir compte des droits fondamentaux de l’homme seraient inacceptables, car la fin ne justifie jamais les moyens. » (Message de Jean-Paul II pour la journée de la paix 2004, §8).

C. – Une attitude commune et une parole identique

  1. Plus haut nous avons déjà vu la signification et l’importance d’une telle position et parole commune : immergée dans les deux côtés du conflit, l’Église est en quelque sorte déchirée en elle-même. Elle doit œuvrer (et prier) pour sa propre guérison et réconcilia­tion, si elle désire travailler pour la paix entre les deux peuples. Travailler patiemment à une telle réconciliation à l’intérieur de l’Église est, dans la foi, déjà une contribution réelle à la réconciliation entre les deux peuples.
  2. Cette vision est confortée par une vision de l’Église dans le sens de Vatican II : l’Église est « le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium 1). Cf. plus haut : « Elle est comme le ferment et l’âme de la société humaine… » « … à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine. » Comment pourrait-elle répondre à cette vocation si elle n’est pas capable d’avoir une position commune ni de parler d’une seule voix ?  Pour pouvoir être signe, elle doit présenter une unité visible, du moins sincèrement recherchée, qui puisse être perçue par la communauté humaine. – Ceci est vrai en premier lieu pour l’Église catholique en Terre Sainte, avec l’unité entre ses différentes traditions et implantations. Mais ceci est aussi vrai, jusqu’à un certain point, pour l’ensemble des Églises, en vertu de la « communion réelle, bien qu’elle soit encore imparfaite », qui nous unit déjà (Vatican II, Ut unum sint). Nous sommes appelés à un témoignage et à un service communs.
  3. Mais il ne faudrait pas que cette parole, pour être commune, devienne insignifiante, insipide, perde sa valeur prophétique.
  4. Est-il possible de parvenir à une vision commune sur l’essentiel, à partir de l’Évangile et de l’enseignement de l’Église ? Grande question et grand défi !
  5. Même après une telle réflexion commune, certaines analyses et sensibilités peuvent être différentes en raison des différences d’implantation de la communauté chrétienne, qui se veut ouverte, accueillante, attentive, pour porter les « joies et les peines » de la com­munauté humaine dans laquelle elle vit, témoigne et sert. Dans ce sens, dans ce pays il est presque impossible d’être neutre, ou la neutralité pourrait être un signe de manque de solidarité (image du pont). Tout dépend de ce que l’on entend par ces termes. On peut se sentir profondément solidaire du peuple dans lequel on désire être témoin du Christ, mais on ne peut jamais se fermer aux autres.
  6. Dans quelle mesure est-il alors acceptable que les paroles de l’Église ou des différentes communautés prennent des tonalités différentes ? Les différences de situation peuvent parfois demander un accent différent. Mais ces paroles ne devraient jamais se contredire ni s’exclure les unes les autres ; elles devraient rester ouvertes à l’autre, s’efforcer d’être écoutées et comprises par l’autre.
  7. C’est pourquoi, le contact et la coordination sont toujours nécessaires, ils devraient devenir un réflexe, une réalité naturelle et habituelle. Il faudrait éviter toute initiative tapageuse unilatérale. Il faudrait évidemment éviter toute action qui serait faite pour plaire à un côté sans tenir compte des réactions de l’autre. Parfois il peut être nécessaire de contredire ou d’indis­poser l’une ou l’autre des deux parties engagées dans le conflit, mais que ce ne soit jamais dans le seul but de plaire à l’une des parties. Toute parole doit être inspirée par un souci authentique de la vérité et de la justice.
  8. Et s’il y a désaccord ou parole ou action différente, il faut avoir le courage d’en parler, de s’expliquer entre responsables et membres d’une même Église. Ces désaccords internes ne devraient pas s’exprimer dans les journaux ou sur l’internet, à moins que réellement un grand mal ait été fait qui nécessite une rectification publique. Mais cela devrait rester un cas vraiment exceptionnel. Afin que notre témoignage soit vrai et crédible… « A ce stade de l’application concrète des principes, des divergences de vue peuvent surgir, même entre catholiques droits et sincères. Lorsque cela se produit, que jamais ne fassent défaut la considération réciproque, le respect mutuel et la bonne volonté qui recherche les points de contact en vue d’une action opportune et efficace ; que l’on ne s’épuise pas en discussions interminables ; et sous le prétexte du mieux, que l’on ne néglige pas le bien qui peut et doit être fait » (Mater et Magistra, 238).
  9. Est-il souhaitable et possible d’engager une réflexion systématique sur ce sujet et de mettre sur pied un processus ou une structure de coordination ?