Pages Menu
Categories Menu

Posté on 2 Mar 2012 in Vie spirituelle, Voix des prêtres

2ème dimanche de carême B

2ème dimanche de carême B

La divine Transfiguration peut transformer l’humanité ! (Gn 22, 1 ss ; Rm 8, 31 – 34; Mc 9, 1 – 9)

Dieu demande à Abraham de lui sacrifier son propre fils, Isaac ! La formule semble cynique : « Prends ton fils, ton unique (l’autre fils, Ismaël, esclave, fils d’Agar la servante, ne paraît pas compter !), celui que tu aimes, Isaac », sous-entendu ; celui que tu préfères à l’enfant, plutôt rustre, de la femme-esclave (cf. Gn 16, 12). Tout d’un coup, tous les privilèges de l’Héritier tombent ! « Bien né », « seigneur » auquel est dû « tout honneur », Isaac acquiert, dans un étrange favoritisme, un droit bien funeste, celui d’être sacrifié ! Yahweh Elohim ne diffère-t-il pas du « dieu » cananéen Moloch qui ne se rassasiait que du sang des enfants ?

Le commandement divin semble aussi absurde que cruel. Abraham exécute sans sourciller ! Père des croyants, il sait que « la foi n’est pas une adhésion sans preuve mais une confiance sans réserves et sans limites » dans un Etre infiniment sage et parfait. Et « l’espérance », ainsi que la foi, « ne déçoivent pas parce que l’amour de Dieu a été répandu dans le cœur » de l’Ami de Dieu ! (Cf Rm 5, 5) Au dernier moment, le Seigneur intervient et Isaac est sauvé ! Par contre, ce même Dieu, qui rejette les sacrifices humains, « ne va pas épargner son propre Fils » (Rm 8, 31 b) ! Au Saint Sépulcre, à la fin de chaque « Office des ténèbres », pendant la Semaine Sainte, l’Evêque de Jérusalem et du reste de la Palestine, adresse au Père éternel cette prière émouvante : « Respice, Domine, familiam istam… Regarde, Seigneur, cette famille pour laquelle ton Fils unique n’a pas hésité à se laisser livrer aux mains des impies et subir le supplice de la croix ! »

En Occident, le monde chrétien concentre son attention sur cet épisode bien édifiant de la soumission absolue à Dieu! Ici, en Orient, des nuances topographiques s’introduisent, non sans conséquences conflictuelles. « La terre de Moriah », identifiée comme située dans la Vieille Ville Sainte, est revendiquée par les Juifs à cause du sacrifice, manqué, d’Isaac, et par le monde musulman qui vénère le Rocher dans le Dôme. Les Samaritains, en enlevant un petit yod (la lettre la plus « minuscule » de l’alphabet) changent Moriah מוריה en Moreh מורה, autre nom du Mont Garizim. Grâce à cette légère modification, la scène est transférée en Samarie, tandis que la tradition islamique transporte le tout en Arabie. Et, bien que le Coran ne nomme pas « le fils » d’Abraham, candidat au sacrifice, les Musulmans pensent qu’il s’est plutôt agi d’Ismaël.

Que Dieu, qui n’a pas voulu la mort du vivant (Isaac et Ismaël), nous délivre de la « nécrocratie », pouvoir des morts, où les vivants s’entretuent par amour pour les défunts ! Que la divine bonté et sagesse nous sauve aussi de la « lithocratie » (pouvoir des pierres) où des hommes « aux cœurs de pierre » s’éliminent en se disputant sur des rochers, des édifices ou des ruines !

La Transfiguration de Jésus

Saint Marc, fils spirituel (cf 1 P 5, 13) et « interprète de Pierre » (Saint Irénée), nous décrit la « Métamorphose » de Jésus dans un style fort pittoresque ! Son père spirituel, le prince des apôtres, gardait un souvenir indélébile de l’Evénement et en parlait inlassablement avec émotion et force détails. Dans sa deuxième lettre (1, 16 – 18), le premier pape déclare (et ses successeurs à Rome ne cessent de le répéter) : « Ce n’est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté… Nous ( Jacques, Jean et moi) avons entendu la voix qui venait du Ciel lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte ». Saint Pierre est d’accord avec saint Paul que notre foi est « un culte logique » et raisonnable λογικη λατρεια (Rm 12, 1). Malheureusement, parfois dans notre catéchèse et prédication, nous négligeons la raison et réclamons « la foi du charbonnier ». Il faut reconquérir un équilibre qui bannit le fidéisme et le rationalisme, à l’école de Saint Augustin où « la raison cherche la foi et la foi l’intelligence » !

Voici quelques réflexions spirituelles : Jésus, pour sa Transfiguration comme pour son agonie ainsi que pour la résurrection de la fille de Jaïre, a choisi Pierre, Jacques et Jean, apôtres au tempérament fougueux et au caractère fort et impulsif. Ce sont les seuls auxquels il a administré soit un sobriquet (les deux frères, fils de Zébédée, baptisés « fils du tonnerre ») ou un titre, voire un nom nouveau (de « Simon » à « Kefa-Pierre »). Il avait donc toutes les intentions du monde de leur faire changer de vie et de les mettre en relief, comme modèles d’une authenticité inaliénable, indéniable et inaltérable et d’un engagement bouleversant, intransigeant et absolu !

Voici quelques commentaires patristiques de la Transfiguration : saint Jean Chrysostome explique le choix des trois apôtres par leur amour pour le Christ auxquels ils étaient très proches. Origène souligne, dans la Transfiguration, l’apparition de la divinité du Christ qui ne renonce pas à son humanité. Saint Augustin écrit que Jésus a resplendi comme le soleil parce qu’Il est la lumière qui illumine tout homme venant en ce monde. Saint Léon le Grand fait remarquer que la nature divine se fait glorifier par l’humilité du Fils.

Que la Transfiguration (en grec métamorphose μεταμορφωσις) transforme nos cœurs de pierre ! En ce temps de pénitence et de conversion (en grec metanoia μετανοια), que nous tous, qui sommes plus ou moins « des enfants du tonnerre », devenions « doux et humbles » ( cf Mt 11, 29).

P.P. Madros