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Posté on 30 Mar 2012 in Vie spirituelle, Voix des prêtres

Le dimanche des Rameaux et la Semaine Sainte 2012

Le dimanche des Rameaux et la Semaine Sainte 2012

L’acclamation du dimanche et l’exécution du vendredi !

A Jérusalem, nous sommes bien placés pour parler de l’histoire, de la géographie et de la topographie des événements de la Semaine Sainte que nous décrivons en arabe comme « la Grande Semaine », celle « des Souffrances » du Christ. Le Tombeau de Jésus reste vide, malgré des tentatives cinématographiques qui prétendent avoir retrouvé son cadavre ! Aujourd’hui comme hier, nous, les Chrétiens, nous acclamons le Messie et nous le proclamons Seigneur et Roi ! Dans une procession émouvante, reprise par le Patriarcat Latin au XIXème siècle, nous descendons de Bethphagé, au Mont des Oliviers, jusqu’à la proximité du « Temple », du Lithostroton et du Golgotha. Nous nous arrêtons à deux pas de la piscine probatique! L’Archevêque-Patriarche de la Ville Sainte bénit la foule – locale et internationale- avec le Saint Sacrement.

« Hosanna au Fils de David ! »

Nous répétons ce cri de victoire dans toutes nos langues parlées (sauf malheureusement celle du Christ, l’araméen, idiome qui est mort à Jérusalem et dans la plupart des autres localités de la Palestine, depuis des siècles !) Chrétiens et Musulmans reconnaissent le « Massih » المسيح dans « le Fils de Maryam ». Des Juifs précisément messianiques y voient le Messie (que l’on excuse cette tautologie !) mais il paraît que certains d’entre eux sont plutôt négatifs à l’endroit de l’Eglise ! Prenons le bon côté !

D’autres ne reconnaissent nullement en Jésus « le Roi Messie », « annoncé par Moïse » (Dt 18, 15 et 18) et les autres prophètes. Certains textes rabbiniques ne sont pas élogieux à son égard.

Sans triomphalisme, nous marchons en L’acclamant, à Jérusalem et dans le reste de nos communautés, au Moyen-Orient et dans le monde entier. Dans le passé et le présent, des autorités nous interdisaient toute procession et nous imposaient de dire nos prières à voix basse. Certaines continuent à le faire.

Mais ce sont nos cœurs qui proclameront toujours l’Eternel Galiléen. Aucune loi ne saurait les réduire au silence! A Jérusalem et dans le reste de la Terre Sainte, si un « beau » jour nous sommes obligés de nous taire, ce seront les pierres qui vont crier !(cf Lc 19, 40).

Pas de paranoïa mais réalisme et espérance !

Les peuples du Moyen-Orient souffrent. Pensons brièvement à la Palestine, la Syrie, l’Egypte, l’Irak sans oublier le Nigéria et d’autres nations victimes de guerres jamais « civiles »… Comme saint Paul le recommandait à son disciple et enfant spirituel Timothée (2 Tim 2, 3 ), bon gré, mal gré, « nous avons pris notre part de souffrances, comme (plus ou moins) bons soldats du Christ Jésus »! Même dans les pays « de tradition chrétienne » (de plus en plus niée !), les Fidèles du Christ et de l’Eglise ne sont pas épargnés. Ils sont exposés, comme l’apôtre Paul, à diverses sortes « de dangers: de leurs peuples mêmes, des autres nations et des faux-frères » (cf 2 Cor 11, 26).

Nous suivons le Nazaréen qui a porté sa croix et qui y a été cloué ce vendredi-là. Nous savons, avec Bossuet, que « c’est tous les jours le Vendredi Saint » ! En souffrant avec Lui et un peu comme Lui, nous prenons « le chemin royal » (en hébreu דרך המלך), nous approfondissons notre humanité, nous perfectionnons notre engagement désintéressé, nous « sentons » avec tous ceux qui souffrent. Au Sépulcre sculpté dans le roc, nous ensevelissons nos « cœurs de pierre ». Dans le silence de ce Tombeau, nous apprenons à éviter la lâcheté d’un Pilate, le reniement d’un Pierre, la trahison et la cupidité d’un Judas, la démagogie d’une foule versatile et la perfidie de certains « chefs » obsédés par une jalousie mortelle et meurtrière !

Nous essaierons d’imiter, dans les limites de nos possibilités, l’amour tendre de Marie, « mère des douleurs », la fidélité reconnaissante d’une Madeleine, les larmes des femmes habitantes de Jérusalem, et l’indéfectible affection et ténacité du Disciple bien-aimé. Ainsi, du haut de la croix, le divin Sauveur dira à chacune et à chacun de nous, en nous montrant Sa Maman : « Voici ta mère ! » (Jn 19, 27).

Père P. Madros