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Posté on 15 Avr 2015 in Politique & Société, Pour aller plus loin

Le massacre des arméniens : « intention génocidaire » de la Turquie

Le massacre des arméniens : « intention génocidaire » de la Turquie

ANALYSE – Cent ans sont passés depuis la mort d’à peu près un million et demi d’arméniens – sans compter les autres minorités qui subirent le même sort – et l’affaire reste un débat pour la Turquie. Le Pape François lui-même n’a pas hésité à utiliser un terme du Droit International, « génocide », pour désigner ce massacre, malgré la réaction de la Turquie. Dans une interview pour « Vatican Insider », Aram I, le Catholicos de l’Eglise apostolique arménienne de Cilicie qui vit au Liban, offre une analyse qui décrit clairement sa position pacifique mais lucide.

« La réaction de la Turquie aux paroles du Pape François sur le génocide arménien trahit la tentative turque de cacher et d’effacer un massacre planifié pour lequel il existe des preuves documentaires concluantes », explique le Catholicos Arménien face à la réaction hostile de la Turquie aux propos du Pape François.

Selon le Catholicos et universitaire arménien, « des preuves suffisantes » existent qui montrent que ce « premier génocide du XXème siècle » – selon l’expression du Jean Paul II reprise dimanche dernier par le Pape François – a eu lieu. Ces preuves, poursuivit l’Evêque, sont « des preuves historiques, des documents, des témoins oculaires, des comptes personnels des diplomates de l’époque, des historiens qui pour la majorité ne sont pas arméniens. Ils ont écrit, discuté, publié et se sont exprimés publiquement par rapport à ces événements tragiques et tous parlent de génocide ».

Selon les turques, le terme « génocide » ne peut pas être utilisé pour désigner le massacre subi par les arméniens, car ce terme de Droit International n’est apparu qu’en 1948. Le Catholicos, conscient de cet argument, souligne néanmoins: « D’accord, je comprends. Cela était en 1948. Mais ce n’est pas le mot qui est important, c’est l’intention qui est importante, et l’intention de la Turquie était génocidaire. L’intention était d’exterminer le peuple arménien, d’effacer de l’histoire et de la carte le nom Arménien et Arménie (…). Il y a des preuves qui indiquent clairement que ce qui c’est passé à l’encontre du peuple arménien, fut un génocide selon le vrai sens juridique du mot».

Le Catholicos ne croit pas non plus à l’argument turc selon lequel les propos du Pape François alimenteraient les tensions entre l’Islam et la Chrétienté. «… ils mettent délibérément ces choses dans un mauvais contexte, discutable et dangereux. Explique-t-il. Je vais vous dire pourquoi. Ce qui s’est passé contre les Arméniens, le génocide, n’était pas parce que les Arméniens étaient des chrétiens. Cela relevait de l’idéologie panturque[1], de la politique et des plans des Jeunes Turcs. Les Arméniens étaient un obstacle majeur en termes de réalisation de leur politique panturque. Ils voulaient mettre toutes les nations et pays d’origine turque et d’une culture commune, ensemble sous un même parapluie panturquiste. Et les arméniens étaient un obstacle. Donc, ils ont organisé ce crime, ce génocide, pour cette raison. La religion donc n’était pas un facteur. Maintenant, ils utilisent la religion pour jouer sur la sensibilité entre le christianisme et l’islam. Ce n’est pas acceptable.»

La tragédie des chrétiens au Moyen Orient et le soucis de l’unité visible de l’Eglise

Le Catholicos Arménien a enfin terminé l’interview en parlant du sort tragique de beaucoup de chrétiens au Moyen Orient, du rôle que les chrétiens d’occident peuvent jouer dans la protection de ce petit reste, et du mouvement œcuménique qui lui tient particulièrement au cœur. «Comme Eglise arménienne, nous avons été depuis la création même de l’Église une Église large d’esprit, une Église flexible. Nous sommes une Eglise qui croit vraiment dans l’œcuménisme et dans l’unité visible de l’Eglise (...). J’ai discuté avec lui (ndlr. avec le Pape François), je lui ai dit- je lui ai dit – que, pour de nombreuses raisons, nos Églises, toutes les Eglises, et en particulier les Eglises catholiques et orthodoxes étaient très institutionnalisées. L’institution a gardé l’Église tout en congelant ses frontières. J’ai lui ai dit: l’Eglise étant essentiellement la communauté de la Foi, il est extrêmement important que nous prenions l’Église au-delà de ses murs. »

Traduction et résumé de Firas Abedrabbo

[1] Le panturquisme ou turquisme : est une idéologie nationaliste née au XIXe siècle cherchant à renforcer les liens entre les peuples turcophones, voire à susciter leur union au sein d’un même État. Ce concept a été popularisé par certains courants des Jeunes-Turcs et en particulier par Enver Pacha.