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Posté on 29 Mai 2015 in Actualité du Moyen-Orient, Dialogue interreligieux, Dialogues, Politique & Société, Slide

Al-Azhar s’oppose au Salafisme intégriste : «le renouveau est approuvé par l’Islam »

Al-Azhar s’oppose au Salafisme intégriste : «le renouveau est approuvé par l’Islam »

CAIRE – Depuis quelques jours, beaucoup de sites de média arabes et quelques sites internationaux parlent de la rencontre que la prestigieuse Mosquée Al-Azhar du Caire a accueilli mardi 26 mai 2015, pour discuter entre intellectuels et savants musulmans de l’éventuelle publication d’un document sur « le renouveau du discours religieux » musulman.

C’est dans ce haut lieu de l’Islam sunnite que des docteurs de la loi musulmane se sont réunis avec d’autre intellectuels, penseurs et mêmes artistes et écrivains musulmans, hommes et femmes, pour discuter tous les mardis durant les semaines qui précéderont le mois de Ramadan, sur le fond d’un document qu’ils entendent publier concernant « les mécanismes et les critères pour renouveler la pensée religieuse, et les moyens pour protéger la société de la pensée fanatique et les tendances à la dissolution qui menacent aujourd’hui la stabilité et la sécurité de la société ». Selon les participants, dans l’Islam le renouveau est approuvé, puisqu’il y a un Hadith[1] de Mohammad dans lequel il disait : « Dieu enverra chaque cent ans à cette communauté (musulmane) qui lui renouvellera sa religion ».

Beaucoup de groupes terroristes qui ont des implantations aujourd’hui presque partout, donnent depuis quelques années une image sombre de l’Islam dans le monde entier. Un appel à un tel « renouveau » mérite donc d’être loué, d’autant plus qu’il est un essai pour élever les voix de ceux qui croient à un Islam modéré. Il sera cependant normal d’attendre la sortie de ce document, dans sa forme définitive, pour pouvoir le discuter ou évaluer son contenu, jusqu’ici ignoré, et ensuite de savoir comment ce document pourrait être appliqué dans un monde musulman vaste et diversifié, où il n’y a pas de véritable autorité centrale, sans oublier le schisme presque infranchissable aujourd’hui entre Sunnites et Chiites, que Al-Azhar sunnite ne représente pas.

Selon le site officiel de la chaine Aljazeera, en langue arabe, le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb, a dû dire : « Malgré le bruit que cela fait, l’affaire du renouveau de la pensée et du discours religieux n’a pas suscité une grande mobilisation au niveau du discours médiatique, culturel, éducatif et religieux. Notre rencontre d’hommes cultivés à Al-Azhar aujourd’hui s’inscrit dans le cadre de notre désir d’écouter et de demander conseil, concernant ce que l’on pourrait offrir à l’Egypte et au monde musulman».

La chaine qatari – connue pour son soutien constant aux idées et mouvements islamistes fanatiques – a rappelé ensuite le discours que le président égyptien Sissi a prononcé en janvier dernier, à l’occasion de la Fête de la naissance de Mohammad. Dans ce discours, le président égyptien a appelé à « une révolution religieuse pour se débarrasser des idées et des textes sacralisées au fils des siècles, mais qui inquiètent aujourd’hui le monde entier.»

Ce n’est pas cependant la première fois qu’un Imam d’Al-Azhar (qui est nommé par le président de la République égyptienne) appelle au renouveau du discours religieux. Car déjà en 2003, l’Imam de l’époque Mohammad Sayyed Tantawi, a parlé du « renouvellement du discours sans détruire les vérités immuables», au cours d’un colloque organisé à l’époque par le Haut Conseil des Affaires Islamique, au Caire.

Il est bien de rappeler aussi qu’une fois nommé, l’Imam d’Al-Azhar peut agir à sa guise, et prendre les fatwas (avis religieux) qu’il souhaite.

Firas Abedrabbo

[1] Est une communication orale du prophète de l’islam Mohammad et par extension un recueil qui comprend l’ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mohammad et de ses compagnons, considérés comme des principes de gouvernance personnelle et collective pour les musulmans, que l’on désigne généralement sous le nom de « tradition du Prophète »2. Les hadiths auraient été rapportés par près de 50 000 compagnons.