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Posté on 15 Jan 2016 in Lectures, Slide, Uncategorized

Claudette Habesch : « C’est un grand privilège de faire partie de l’Eglise mère de Jérusalem ; c’est aussi une grande responsabilité »

Claudette Habesch : « C’est un grand privilège de faire partie de l’Eglise mère de Jérusalem ; c’est aussi une grande responsabilité »

TERRE SAINTE – Après Monseigneur Lahham et Samer, un jeune chrétien de Bethléem, c’est aujourd’hui Claudette Habesch, mère de famille palestinienne, secrétaire générale de Caritas-Jérusalem pendant 27 ans, et très impliquée dans l’Eglise de Jérusalem qui nous livre son regard sur l’année écoulée et ses espérances pour celle à venir. Sans taire les souffrances de son peuple et le désespoir face à une situation qui ne présente pas d’issue, elle nous invite pourtant à rester accrocher à la foi en Jésus, mort et ressuscité, et à demeurer dans l’espérance. 

Je me souviens avoir commencé l’année 2015 pleine d’espérance. A chaque début d’année, en effet, je crois que tout est possible mais maintenant, quand je regarde la réalité de cette année écoulée je vois du positif, mais aussi du moins positif. Et je me pose la question : qu’ai-je fait de ma vie pendant cette année ? Quelle a été mon rôle de femme, mon rôle de mère, dans ma famille, mais aussi pour la société ? Face aux événements difficiles de cette année qui vient de se terminer, face à l’occupation qui continue, à la guerre qui ne s’arrête pas, je me demande comment continuer de grandir dans l’espérance et dans la recherche d’une vie où l’être humain, créé à l’image de Dieu, peut être regardé avec amour, compassion, dignité. Cette année, en effet, a été marquée par une grande instabilité et un manque de sécurité (autant pour le peuple palestinien que pour le peuple israélien). Beaucoup de vies ont été perdues à cause des conflits en Irak, en Syrie, à Gaza. Le monde entier a pâti des déplacements de population : la souffrance fait partie de notre quotidien et cela paraît insensé ! Ma grande déception est l’immobilisme de la communauté internationale, qui encore cette année, n’a pas su nous aider à trouver la paix dans notre terre : nous sommes en négociations depuis 1993, mais en 2016 nous ne voyons pas la fin du conflit à l’horizon malgré toutes les résolutions de l’ONU, qui ne sont pas appliquées. Est-ce que les personnes qui ont le pouvoir aujourd’hui sont-elles vraiment décidées à faire la paix ?

Cependant, je suis chrétienne, et cette identité ne me permet pas de rester dans le désespoir. L’espérance demeure et je ne peux que regarder avec joie ma famille qui est l’Eglise et qui me donne cette espérance. Je continue de penser que, malgré tout, c’est un grand privilège de faire partie de l’Eglise mère de Jérusalem ; c’est aussi une grande responsabilité. Et si nous sommes l’Eglise du Calvaire, nous sommes aussi l’Eglise de la Résurrection, de la victoire de la Vie sur la mort : c’est pourquoi nous n’avons pas le droit de désespérer et nous avons ici un rôle important à jouer.

Deux grandes joies témoignent de notre devoir d’être tournés vers l’espérance : d’une part les deux canonisations de Mariam et Marie-Alphonsine, auxquelles j’ai pu me rendre, invitée par la délégation de l’autorité palestinienne. D’autre part, la joie et l’espérance qu’ont apporté au peuple palestinien la reconnaissance par le Saint Siège de l’Etat de Palestine. Cela nous montre que l’Eglise reconnaît la présence de ce peuple qui souffre depuis des années. Ces deux événements nous prouvent que nous ne sommes pas l’Eglise oubliée et donnent la force, à nous chrétiens, de rester sur cette belle terre pour continuer à livrer le témoignage que Jésus nous a confié. Cela nécessite beaucoup d’espérance, mais surtout, beaucoup de foi.

Pour l’année 2016, mes attentes sont les mêmes pour l’ensemble des chrétiens que pour le peuple palestinien : je désire la fin de l’occupation, la liberté, la dignité, le droit pour chacun de vivre comme un être humain respecté et non pas humilité. Je suis une chrétienne palestinienne et pour moi, ce qui touche un palestinien musulman touche aussi le chrétien palestinien, car nous appartenons au même peuple. Paul VI nous disait lors de la « Journée de la Paix » du 1er janvier 1972 « Si tu veux la paix, travaille pour la justice » : la justice pour nous, c’est la fin de l’occupation. Sans justice, il n’y aura pas de réconciliation.

Cette année, je prierai pour la paix sur cette terre où est né Jésus-Christ qui est la paix. Cette paix, nous l’obtiendrons ensemble : israéliens et palestiniens, nous gagnerons ou perdrons ensemble. Prions pour qu’advienne le respect et l’amour de l’autre et pour que la paix soit dans le cœur de chaque homme.

Des propos recueillis par Calixte des Lauriers

Photo : Thomas Charrière