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Posté on 19 Mai 2016 in Pour aller plus loin, Publications, Slide

Première reconnaissance internationale de Jacqueline Sfeir, pédagogue palestinienne

Première reconnaissance internationale de Jacqueline Sfeir, pédagogue palestinienne

 

BETHLEEM – Le professeur Sami Basha a supervisé la réalisation de la biographie de Jacqueline Sfeir, pédagogue chrétienne palestinienne, rappelée à Dieu en 2013. Il présente sa conception de l’éducation dans l’ouvrage Storia della Pedagogia Speciale, récemment publié en Italie.

Le livre Storia della Pedagogia Speciale a cura di Piero Crispiani (Edition ETS, Pise 2016, 795 pages, disponible uniquement en italien) est le fruit d’un important travail de recherches historiques effectué par plusieurs professeurs d’université et éducateurs. C’est un travail singulier quant aux chiffres qui y sont donnés, aux sujets abordés, mais aussi quant à la modernité et à l’originalité du projet éditorial ainsi que la qualité de ses auteurs.

Quand les savoirs et les disciplines se tissent dans un travail transdisciplinaire, et quand s’exprime une réflexion sur leur passé, se réalise alors un réseau entre les différentes communautés culturelles et scientifiques dans le temps et dans l’espace. Les communautés encouragent la confrontation et renforcent l’opinion selon laquelle la « mission pédagogique » est aujourd’hui une urgence.

Le livre mentionné ci-dessus contient plusieurs expériences concrètes, ayant toutes en commun le même but : servir le plus pauvre en étant une voix et une présence auprès des plus marginalisés et des plus petits, sans qui la société ne peut être appelée “Communauté”.

C’est ce leitmotiv que le professeur Sami Basha rappelle dans l’expérience pédagogique de Jacqueline Sfeir, expliquée dans le chapitre “Una pedagogia olistica e di frontiera”.

Sami Basha, directeur du Centre de Pédagogie Spéciale et vice directeur adjoint de l’Université palestinienne de l’Ahliya, située à Bethléem, a toujours considéré la pédagogie comme une arme de résistance non violente, et comme un moyen de libération et de construction de la personnalité des individus dans le contexte d’un conflit. Ces idées et ces concepts sont présents dans la pensée de Sfeir.

Jacqueline est née en 1950 à Beit Jala en Palestine dans une famille catholique. Fille de réfugiés, c’est la femme palestinienne par excellence. Son père s’est réfugié à Beit Jala après avoir été expulsé de Jérusalem, sa ville natale, en 1948. Avec détermination, il a transmis à ses enfants le courage et l’aspiration à l’excellence. Il leur a donné le goût de la persévérance et l’importance des valeurs familiales et de la foi.

Jacqueline Sfeir a fait des études brillantes, couronnées par un doctorat en éducation. Elle devient professeur à la Faculté d’Education de l’Université de Bethléem où elle enseigne jusqu’en 2003.

Jacqueline Sfeir est une personne avisée – écrit Sami Basha dans son livre -, capable de critiquer de manière constructive la période entre la première et la deuxième Intifada pour dénoncer l’occupation militaire ainsi que le manque d’actions gouvernementales au sujet de l’éducation.”

Elle comprend que les styles didactiques et éducatifs doivent être modifiés en fonction des caractéristiques et des capacités des étudiants, spécialement dans des cas de personnes présentant des difficultés (…). La direction de ses études va dans le sens d’une transformation du système d’éducation arabe fortement hiérarchisé vers un système basé sur la relation et les interactions sociales.”

Elle est l’auteur de la HIA (Holistic Integrated Approach to Early Childhood Care and Development) : une méthode conçue pour faire grandir l’enfant en tenant compte de tous les aspects de sa personne : mental, émotionnel, social, moral et physique. La méthode prend en compte tous les acteurs de l’éducation, la formation des enseignants, celle des parents et de la communauté.

Même si cette méthode a fait l’objet de nombreuses critiques,  Jacqueline Sfeir a persévéré en consacrant “une attention particulière à l’expérience personnelle de l’enfant dans le contexte local et en prenant soin de maintenir leur identité culturelle face à l’invasion de la culture occidentale”. Pour elle, la famille avait une grande importance, elle aimait dire “Il n’y a pas un modèle idéal pour l’enfant, mais  il faut dessiner le contexte pour l’enfant idéal”.

En 2006 est créée MaDad (acronyme arabe d’Establishment for the Study and Support of Childhood Programs), une organisation qui vise à répandre l’approche holistique dans l’éducation. En quelques années, Jacqueline Sfeir a su développer un réseau d’individus, de communautés, et d’organisations locales et régionales qui collaborent autour de cette approche. Les idées et les méthodes de J. Sfeir sont également présentes au delà de la Palestine dans la formation d’enseignants en Jordanie, au Yémen et en Syrie.

Aujourd’hui, la réflexion sur le travail de cette pédagogue disparue en 2013, offre à la Palestine des pistes concrètes pour avancer et de nouvelles perspectives. C’est un trésor pour les formateurs et les experts.

Sami Basha décrit Jacqueline Sfeir comme une magistra vitae, elle qui était quotidiennement aux périphéries et qui a travaillé pour le bien de la société palestinienne et de la communauté chrétienne locale. Sa pensée ne peut que contribuer au progrès de sa communauté qui est à la recherche d’auto-identification et jouer ici un rôle actif.

Elisabetta Spagnolo