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Posté on 21 Déc 2016 in Actualité locale, Politique & Société, Pour aller plus loin, Publications

Qui sont les Chrétiens d’Israël aujourd’hui ?

Qui sont les Chrétiens d’Israël aujourd’hui ?

 

JERUSALEM – Mardi 6 décembre 2016, le père David Neuhaus a tenu, à l’institut œcuménique de Tantur, une conférence intitulée « Qui sont les Chrétiens d’Israël aujourd’hui ? ». Il est revenu sur les origines des communautés chrétiennes en Israël, leurs différences, sur leur intégration dans le pays et sur les défis qui les attendent dans le futur. Synthèse de ses propos.  

« Montrer le chemin de la paix qui doit être construire sur la dignité de tous » : C’est par ces mots, empruntés au Patriarche latin émérite de Jérusalem, Michel Sabbah, que le père David Neuhaus, vicaire patriarcal latin auprès des catholiques hébréophones et responsable de la pastorale des migrants, a défini la vocation des citoyens arabes palestiniens chrétiens d’Israël.

Après avoir détaillé l’ensemble de la population chrétienne en Israël, entre citoyens et immigrés, le père David Neuhaus a posé la question de l’identité des Chrétiens Palestiniens arabes, citoyens d’Israël, à travers leur diversité et leur unité. La division des communautés chrétiennes contribue, selon lui, à une crise identitaire. Cette division en différentes églises catholiques et orthodoxes engendre de nombreuses rivalités qui se révèlent être la source même de certains scandales. D’autres, prônent, quant à eux, que leur première identité est d’abord d’être Chrétiens avant d’être Arméniens, Syriens, Maronites, etc. et que c’est cette unité de tous les Chrétiens qui permettra la survie du Christianisme en Israël.

Ces divisions ont aussi été amenées par certains évènements arrivés depuis 1948, date de la création de l’Etat d’Israël. L’occupation d’Israël à Jérusalem Est, en Palestine et dans la bande de Gaza ont fortement contribué à ces divisions en créant discrimination et marginalisation envers l’ensemble des citoyens arabes de l’Etat.

Aujourd’hui, après les grandes vagues d’immigration massives des pays de l’ex union soviétique entre 1990 et 2005, les chrétiens non-arabes en Israël représentent seulement un quart des citoyens Chrétiens en Israël (entre 30 et 40000). Parmi eux sont présents une large majorité de migrants Chrétiens venus d’Asie ou d’Afrique.

Cette nouvelle population chrétienne constitue un dilemme pour un Etat se définissant lui-même comme juif, expliquait le père Neuhaus. Alors que les Chrétiens arabes sont clairement distingués des juifs puisqu’ils vivent généralement dans les milieux arabophones, beaucoup des nouveaux Chrétiens vivent, quant à eux, au cœur de la société juive. Ces derniers n’ont pas de revendications politiques mais recherchent une intégration sociale complète. Par exemple, leurs enfants sont éduqués avec des enfants juifs, servent le pays à travers le service militaire et se marient avec des juifs.

Les chrétiens d’Israël vivent entre deux communautés majoritaires, les musulmans et les juifs. Pour ces majorités, la présence chrétienne est un sujet délicat, épineux. Elles n’y sont pas toujours favorables. Face à ces réactions, différentes stratégies sont adoptées par les Chrétiens. Certains s’assimilent à la population majoritaire et adoptent un comportement qui camoufle leur identité chrétienne. D’autres prônent le dialogue en mettant en avant la nécessité d’un discours de respect, d’égalité des droits, de valeurs et surtout de citoyenneté partagée. Une stratégie orientée vers le retrait est aussi utilisée. La marginalisation et la discrimination poussent certains chrétiens à sortir de la sphère publique et à se créer leurs propres environnements fermés. Enfin, face à ce défi d’être chrétien (arabe ou non) en Israël, une partie décide de chercher un meilleur avenir dans d’autres pays, généralement dans des pays où les chrétiens sont majoritaires.

Le père David a terminé sa conférence en évoquant l’impact du conflit israélo-palestinien sur les chrétiens vivant en Israël. L’occupation des territoires palestiniens, la discrimination envers les citoyens arabes d’Israël, la violence et les troubles socio-politiques sont tout autant de facteurs qui mettent en danger le futur de chacun. Malgré la fuite actuelle de certaines communautés chrétiennes, d’autres se créent et font donc preuve d’une extrême fragilité. Ces dernières sont emplies d’espérance pour mener à bien et traverser les nombreux défis du présent.

Texte intégral de la conférence en anglais

 

Synthèse et traduction par Vivien Laguette

 

Photo d’illustration : Soixantième anniversaire de la fondation des communautés chrétiennes de langue hébraïque (Œuvre Saint Jacques), 26 septembre 2015 (Archives LPJ)

 

Photos de la conférence

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