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Posté on 26 Jan 2017 in Administrateur Apostolique, Méditations et Homélies PbP, Slide, Vie spirituelle

Méditation de Mgr Pizzaballa sur l’Evangile du dimanche 29 janvier 2017

Méditation de Mgr Pizzaballa sur l’Evangile du dimanche 29 janvier 2017

29 janvier 2017

Quatrième dimanche du temps ordinaire, année A

 

Nous sommes au début du ministère public de Jésus, nous avons vu que le Seigneur a quitté Nazareth pour aller vivre à Capharnaüm, et que de cette ville Il commence à proclamer que le Royaume de Dieu est proche, qu’il est présent au milieu de nous.

Dimanche dernier, nous avons vu où et comment le Royaume de Dieu vient interrompre le court de la vie des hommes.

Aujourd’hui, nous verrons pour qui ce royaume est établi, à qui il est destiné, et quelles sont les vies qu’il vient d’abord toucher.

Jésus n’explique pas ce qu’est le Royaume de Dieu avec des mots : Il n’en fait pas de description, Il n’en éclaircit pas les lois, Il ne l’encadre pas dans un système théologique précis ; Il en donne simplement les coordonnées, les idées, et Il en décrit les effets. Il en ouvre les portes afin que ceux qui le veulent, ceux qui comprennent qu’il s’agit là du véritable chemin de vie, puissent entrer. Il ne dit pas ce qu’il faut faire pour être dignes de faire partie de ces derniers.

Mais Il affirme que certaines catégories de personnes, presque sans le savoir, en font déjà partie, et qu’elles peuvent s’émerveiller et se réjouir de savoir que le Royaume est justement pour ceux qui sont comme elles.

Qui sont ces personnes ?

Nous pourrions nous attendre à une liste de tous ceux qui ont de la chance dans la vie, de tous ceux qui sont bien à leur place, de tous ceux qui observent et sont fidèles à la loi. Au contraire, Jésus nous dit que le royaume appartient aux pauvres, aux doux, aux miséricordieux, à tous ceux dont les vies ont des choses à régler. C’est d’abord à eux que le royaume appartient : les premiers dans le Royaume sont les derniers.

La première chose que nous apprenons en écoutant les Béatitudes concerne Dieu Lui-même : Il aime tout le monde, bien sûr, mais Il a ses préférences, et ses préférés sont ceux que le monde serait enclin à rejeter, ceux qui sont laissés pour compte : les pauvres, les non-violents, les cœurs purs… Le mode d’aimer de Dieu étant la miséricorde, à savoir donner son cœur aux pauvres, alors Il ne pourra que commencer par eux.

Mais les préférences de Dieu ne sont pas comme les nôtres : nous avons tendance à préférer quelqu’un et à exclure tous les autres ; pour Dieu, au contraire, il s’agit de préférer certains pour inclure tout le monde.

Dieu, en effet, commence par les derniers, par le bas, afin de pouvoir accueillir tout le monde en retour.

Celui qui aime comprend très bien la logique de Dieu : une mère, ou un père, n’aime pas tous ses enfants de la même manière, mais il/elle aime davantage ceux qui sont le plus dans le besoin. C’est seulement de cette façon qu’il/elle les aimera tous vraiment.

C’est ainsi que Jésus, lorsqu’Il inaugure son royaume, commence par là.

Nous savons et nous croyons que le Royaume de Dieu est un royaume de justice et de paix. Jésus, cependant, n’est pas là à s’occuper avant tout de juger ceux qui commettent des injustices, de punir ceux qui sont responsables de la pauvreté de si nombreuses personnes, de traquer les auteurs du mal. Il ne promulgue pas de nouvelles lois, Il ne supprime pas l’injustice, Il ne résout pas les problèmes. Au lieu de cela, Il s’attache à tourner les yeux sur les pauvres et sur toutes les personnes blessées, en les appelant « bienheureux », dès aujourd’hui, sur cette terre.

Mais quel est ce bonheur, cette joie que nous ne connaissons pas, et que seul le Seigneur peut nous révéler ?

Les bienheureux du Royaume sont ceux pour qui la vie n’est pas une fuite en avant, qui n’ont pas trouvé d’échappatoires faciles.

Les pauvres, les doux, les miséricordieux, ceux qui sont confrontés aux difficultés et aux tragédies de la vie ne cherchent pas à se sauver eux-mêmes à tout prix, à s’imposer aux autres par la force ; au contraire ils sont comme en suspension, dans le vide, sans chercher à le combler par leurs propres forces. Ils traversent les difficultés sans chercher à les expliquer.

Ces derniers expérimentent tôt ou tard, que c’est justement là, dans l’obscurité, que s’ouvre le chemin vers une nouvelle expérience de Dieu : c’est là que nous Le rencontrons. Et si là nous rencontrons le regard de Dieu, si nous découvrons que nous nous trouvons parmi ses « préférés » alors la logique de notre vie et le critère par lequel nous jugeons ce qui est essentiel et vrai, et ce qui ne l’est pas, changeront radicalement : ce qui semblait un gain devient une perte (cf. Philippiens 3,7).

Ces personnes, dit Jésus, sont vraiment bienheureuses, ce sont eux les vrais chanceux.

Parce qu’à eux, à ceux qui ont découvert la logique de la Pâque inhérente à chaque drame humain, plus rien ne pourra jamais leur faire peur : même les expériences les plus difficiles deviennent mystérieusement précieuses.

Telle est la vraie joie !

On pourrait croire que la joie est liée à ce que nous possédons, à ce qui remplit notre vide.

Les Béatitudes nous parlent d’une autre joie, plus profonde, liée à ce que nous n’avons pas, à ce que nous recevons d’un Autre. Un Autre qui ne donne pas quelque chose, mais qui se donne Lui-même.

C’est une prospective de vie qui ne peut être ni expliquée ni comprise de façon théorique. C’est l’expérience de la foi qui amène à juger les choses de manière nouvelle.

Ne peuvent le comprendre que ceux qui le vivent. Pour les autres, tout cela est folie.

+ Pierbattista

Traduit de l’italien