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Posté on 17 Fév 2017 in Vie spirituelle, Voix des prêtres

Homélie du 7ème dimanche de l’année A (année 2017 après Jésus-Christ)

Homélie du 7ème dimanche de l’année A (année 2017 après Jésus-Christ)

Jésus : sagesse et salut ; l’Evangile : solution des conflits !

(Lév 19, 1- 18 ; 1 Cor 3, 16- 23 ; Mt 5, 38- 48)

(par P.P. Madros)

“Aime ton prochain”; “Ne hais pas ton frère”: ces deux recommandations ou commandements de Dieu dans le Lévitique signifiaient l’ordre de vouloir le bien du coreligionnaire et du compatriote. La base sociologique et ethnique hébraïque de cette solidarité et de cette bienveillance fraternelle réside dans l’arrière-fond de la vie pastorale. Le « prochain » (en araméen qriv קריב, et l’invariable grec πλησίον), pour les Hébreux, était le berger-compagnon (ou « copain ») : berger « ro’eh », prochain « r’eh » רעה. Et les deux vocables s’écrivent avec les mêmes voyelles. Nous voyons clairement la différence abyssale entre l’interprétation vétérotestamentaire et celle de Jésus pour qui tout être humain, même le Samaritain (proverbialement stupide, d’après Siracide 50, 26) est notre sœur et frère (Luc 10, 25 s), et les lointains deviennent proches « dans le sang du Christ » (Eph 2, 13) ! Comme le souhaitait saint Paul, « la bienveillance ou la modération  (des peuples de tradition chrétienne) est manifeste à tous les hommes » (Phili 4,5). Sans détours, les Etats chrétiens sont les plus philanthropiques, les plus altruistes (parfois sans discernement suffisant). Et « la charte universelle des droits de l’homme » a l’Evangile comme source, reconnue ou niée! En d’autres mots, « la civilisation (typiquement chrétienne et évangélique) de l’amour » (l’inoubliable Jean-Paul II).

 

La sagesse fallacieuse et folle de ce monde (1 Cor 3, 16 – 23)

Les peuples sont souvent les victimes de la « diplomatie » de leurs dirigeants ! En arabe, un proverbe dit : « La logique et le discours des villages ne conviennent pas à ceux des palais »”حكي القرايا بيجيش على حكي السرايا. Les citoyens veulent tout simplement vivre ; les chefs militaires faire des guerres ; les politiciens avoir des acquisitions, quitte à ruiner leurs peuples,  et obtenir des voix, « regardant plutôt les prochaines élections que les prochaines générations ». Là réside la différence entre « un homme d’Etat » et un politicien.

Au fond, ce n’est pas Jésus qui est un « illuminé » (mais l’Illuminateur) ; pas utopique ni rêveur inguérissable mais ce sont plutôt les « puissants de ce monde »  qui s’imaginent triompher en voulant  les biens  de ce monde non le bien des peuples ! Quelle folie que les guerres mondiales, internationales et civiles ! « Aimez vos ennemis » ne relève pas de la chimère ni d’un pacifisme ou irénisme béat mais du véritable secret de « vaincre le mal par le bien », « en tendant l’autre joue », non par faiblesse ni par lâcheté, mais comme provocation du mal et du méchant ! D’ailleurs, pas plus tard qu’il y quelques mois, un ministre hébreu n’a pas hésité à déclarer, en faisant allusion à l’Evangile : « Nous autres, nous ne tendons pas à tendre l’autre joue ». Alors quoi ? Toujours « l’œil pour œil » et le « dent pour dent »   de Hamourabi (18ème siècle avant Jésus-Christ) et de l’Exode (21, 23- 25). Et le fait que le Coran réaffirme la loi du talion ne facilite pas la réconciliation et le pardon.

 

« L’autre joue » !

Jésus a voulu dire qu’il ne faut pas répondre à l’agression et à la violence par l’agression et la violence, arrêtant la transgression à peine née. Le Christ a l’air de dire : « Provoquez le méchant en le regardant bien dans les yeux, en lui faisant sentir son tort, et jamais en descendant à son niveau (ce qu’il souhaite inconsciemment ou sciemment !) » Pas question d’être vil ou imbécile. Pas question de renoncer à nos droits moraux et religieux car ils sont ceux de Dieu. Pas question de laisser faire quand notre foi, notre dignité et notre honneur sont menacés. Notre réaction doit toujours être pacifique, mais ferme. Notre « amour pour le prochain » et le lointain ne doit pas dégénérer en suicide stupide et traître, étant tenus « à la perspicacité du serpent et à la douceur de la colombe » en faisant face aux « loups » (Mt 10, 16). Renonçant à l’épée « inique » de l’agression (saint Sophrone de Jérusalem décrivait ainsi l’invasion sarrasine de la Terre Sainte), nous avons droit à l’épée de la légitime défense (Luc 22, 36), sans laquelle nous serions non charitables mais bornés, non courageux mais téméraires, « tentant Dieu » !

 

Conclusion

Le président Trump utilise assez souvent la Bible. Nous lui conseillons timidement non seulement de citer l’évangile de ce jour, mais de veiller à son application. C’est d’ailleurs ce même « Evangile de la paix » qui, seul, a mis fin à des décades sinon des centenaires d’hostilité entre beaucoup de pays européens et américains ! Il suffit de penser à la France et l’Allemagne, d’un côté, et l’Angleterre, d’un autre. Jean-Jacques Walter l’a noté avec objectivité : « A la longue, les peuples suivent leurs religions qui, un peu à la fois, les changent en mieux ou en pire, selon l’éthique proclamée par leurs livres saints» !

Le nouveau président américain avait exprimé la ferme volonté de mettre fin au conflit israélo-palestinien, entre autres. La recette évangélique, idéale non utopique, reste valide : « aime ton ennemi, puisque, lui aussi, est ton prochain ; plus de vengeance ni vengeance de la vengeance, à n’en plus finir, mais  « pardonner soixante-dix fois sept fois ». Et pour parler anglais : « Forget, forgive » : « Oublier et pardonner ! » Laisser l’avenir vaincre le passé ; les vivants vaincre les morts, et « que la paix de Dieu (ce fameux  שלום« shalôm » plus souhaité que réalisé), qui dépasse toute intelligence (donc, inutile de faire les malins !) prenne sous sa garde vos /nos cœurs et nos/vos pensées » (Phili 4, 7). Notre ex-pharisien de Saul n’hésite pas à ajouter, en concluant « dans le Christ Jésus » ! La majorité des habitants de la Terre Sainte ne croient pas en Jésus-Christ ! Est-ce triomphaliste, exagéré et méchant de dire que c’est là précisément la cause de la perpétuité du conflit ? Et ceci peut s’appliquer aux autres guerres civiles de la région. En laissant à tous leur liberté religieuse, quelle splendeur si on prenait Jésus, pas nécessairement comme Seigneur et Sauveur, mais au moins maître de vie et de mort, théoricien et modèle de l’amour et de la paix !

Et au moins nous, « nous sommes ses témoins » !